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Les malocclusions dentaireschez le lapin
Les malocclusions dentaires surviennent lorsque les rapports normaux d’affrontement des dents n’existent plus et résultent d’une croissance excessive des dents sans usure normale.
Particularités de la dentition et de la mastication du lapin. Le lapin possède 26 à 28 dents, avec par demi-machoire : deux incisives supérieures et une inférieure, trois prémolaires supérieures et deux inférieures, et deux ou trois molaires supérieures et trois inférieures. Si l’occlusion est normale, les pointes des incisives supérieures et inférieures se touchent alors que les surfaces des molaires ne sont pas en contact. Les incisives sont à racines ouvertes (hypsodontes) et donc à croissance continue. Leur vitesse de croissance est de 3 à 4 mm par semaine. Les prémolaires et molaires supérieures sont à racine ouverte sur leur face interne et à racine fermée sur leur surface externe ce qui oriente les dents vers l’extérieur. C’est l’inverse pour les molaires et prémolaires inférieures, elles ont donc tendance à pousser vers l’intérieur de la bouche. La croissance des molaires est de 3 à 4 mm par mois. Sur les incisives, la face postérieure est dépourvue d’émail. Elle s’use donc plus vite ce qui donne un tranchant en biseau. La mastication s’effectue par des mouvements de va et vient d’avant en arrière. Les possibilités d’ouverture de la cavité buccale sont très limitées avec l’absence de mouvements de haut en bas.
Etiologie.
Les causes sont multiples.
La malocclusion peut être d’origine congénitale, surtout chez les races naines car les animaux sont sélectionnés sur la réduction de leur taille et la forme de leur tête. Or beaucoup présentent des mâchoires raccourcies et le prognathisme (la mâchoire inférieure est plus longue que la mâchoire supérieure) est fréquent dans ces races.
Les traumatismes peuvent provoquer une usure asymétrique des dents si par exemple suite à une chute le lapin s’est fracturé la base des incisives. Il peut également se fracturer la mâchoire et lors de la cicatrisation, il est possible qu’il se crée une modification dans l’orientation des dents.
L’alimentation a également son importance. Les dents s’usent lors de la mastication, et cette usure est renforcée par la présence de silice dans les végétaux frais car elle possède une action abrasive. Or les animaux nourris avec des granulés ou des mélanges de graines sont rapidement rassasiés et les lapins ne mastiquent alors plus suffisamment de foin ou de verdure fraîche. Il doit ingérer des aliments durs ou ligneux lui permettant de ronger.
Si l’animal est anorexique, une croissance excessive des dents va rapidement gêner l’animal car la croissance des dents est rapide.
Enfin, certains facteurs métaboliques peuvent intervenir. Des altérations de la position et de la forme des dents pourraient résulter de troubles du métabolisme du calcium et d’une carence en vitamine D.
Symptômes.
- Les incisives.:La malocclusion des incisives se diagnostique facilement. Les incisives supérieures se recourbent vers l’intérieur de la cavité buccale, en direction du palais et les incisives inférieures poussent au contraire vers l’avant. La préhension des aliments est alors perturbée voire impossible et la pousse des dents vers l’intérieur peut provoquer des lésions dans la cavité buccale, entraînant douleurs et surinfections possibles.
- Molaires et prémolaires. Les principaux symptômes observés sont une hypersalivation avec le menton souillé par la salive et une anorexie. Le défaut d’usure de ces dents favorise la formation de pointes vulnérantes pour la muqueuse buccale. Les dents inférieures poussent vers l’extérieur et donc blessent les joues et les dents inférieures poussant vers l’intérieur blessent la langue. Dans les cas plus avancés, il est possible de voir se former un pont au dessus de la langue lié à la croissance des dents inférieures.
Diagnostic.
Il se fait par un examen de la cavité buccale par le vétérinaire grâce à de petits écarteurs ou un otoscope mais le plus souvent, il est nécessaire d’anesthésier les animaux pour permettre une visualisation correcte des lésions, délicate sur un animal vigile.
Une radiographie permet de visualiser les racines dentaires. Ces dernières peuvent en effet pousser en se recourbant vers les canaux lacrymaux (ce qui empêche l’écoulement des larmes), vers l’orbite (induisant des abcès en arrière de l’oeil) ou encore déformer l’os de la mâchoire inférieure. La radiographie permet de visualiser une éventuelle destruction de l’os soutenant la dent et de savoir si il est nécessaire d’extraire la dent.
Traitement.
Face à une malocclusion des incisives, il faut les couper régulièrement. Il n’est pas nécessaire d’anesthésier le lapin. L’idéal est d’utiliser un disque coupant, fonctionnant avec un moteur dentaire. Il est possible d’utiliser une pince coupante mais celle-ci provoque régulièrement des fractures dentaires, ce qui favorise la formation d’un abcès car la pulpe dentaire est alors exposée aux surinfections et de plus ceci est douloureux pour l’animal. L’extraction est une autre alternative et le lapin s’adapte assez rapidement à cette absence de dents.
Pour les molaires et prémolaires, les spicules peuvent être coupées à la pince et l’idéal est de réaliser une abrasion des dents avec une fraise. Là encore, il peut être nécessaire d’extraire les dents, notamment si les racines se sont trop développées.
Les malocclusions dentaires sont fréquentes chez les lapins, surtout les races naines et sont souvent graves pour l’animal en l’absence de traitement. Il faut de plus être conscient que ces affections sont chroniques et donc nécessiteront des soins réguliers, réalisés par votre vétérinaire.
